L'Edith Piaf de Joëlle Deniot  est illustrée par 41 encres gouaches et fusains de Mireille-Petit-Choubrac. Lire, comme prélude à son grand oeuvre d'anthropo-sémiologie de l'art, Edith Piaf, la voix le geste l'icône Esquisseanthropologique,* paru le 28 aoüt 2012 au Livredart Paris., Images pour une voix, le langage scénique d'Edith Piaf in J Deniot, J Réault, Espaces, Temps et territoires. Lestamp-Edition Nantes 2010, disponible sur www.sociologie-cultures.com .

*La préface de Jacky Réault est intégralement co-éditée sur www.lestamp.com

Ce livre peut-être emprunté à la Bibliothèque de sociologie et à la Bibliothèque Universitaire, Il entre dans les bibliographie des cours de M1 de Sociologie de l'art  notamment pour cet article de J. Deniot, et pour celui de Léonard Delmaire, et du cours -Espaces-temps des politiques culturelles, pour l'article de J Réault, Nicolas et Ségolène 2007 ou le mystère de la Dame de Vix.

Vous êtes à Nantes...

Préalable à toute analyse des politiques culturelles de la ville de Nantes ( on en propose la conférence de D David sur ce site, pour le regard officiel) lire l'article de Réault, Nantes l'excès la ville, Un essai d'identification disponible sur www.lestamp.com

On y trouvera des bibliographies indispensables à tout mémoire étudiant une pratique ou un établissement culturel nantais.

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Invitation à l'intention des amis du Master EPIC, étudiants et enseignants, etc., à l'interview débat de J Luc Giraud par Laurent Danchin à La Vinaigrerie le samedi 17 novembre à 16 heures Le Pellerin (cliquer)

Encre et gouache de Mireille Petit-Choubrac pour L'Edith Piaf de Joëlle Deniot Avril 2010 Copyrigt Lestamp Edition

 

Cours de Sociologie de l'Université de Nantes

Tissu : Objet esthétique  polysémique

Ce cours est réalisé par Joëlle DENIOT
Professeur de Sociologie,  Responsable
du Master Culture - Université de Nantes

http://www.sociologie.univ-nantes.fr/deniot-jauciyer-j/0/fiche___annuaireksup/&RH=SOCIOLOGIE_FR1

http://www.lestamp;com
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10ieme.ete.du.lestamp.2016.le.mal.

Pour soumettre un projet de com.: joelle.deniot@wanadoo.fr et jacky.reault@wanadoo.fr

 

Entrée libre 

 

le youtube de Jean Luc Giraud sur les dessins de Mireille Petit Choubrac, l'artiste nazairienne ayant illustré le livre de J A Deniot Edith Piaf La voix le geste l'icone esquisse anthropologique Lelivredart 2012

Edith PIAF, la voix, le geste, l'icône.

de ambrosiette

Esquisse anthropologique de Joëlle Deniot. Livre préfacé par Jacky Réault, sociologue, illustré par Mireille Petit-Choubrac, et publié aux éditions Lelivredart. (automne 2012)
www.lestamp.com


Tissus traditionnels,
tissages anciens
Sont ici développés l’aspect tissu et parole et rapport du tissu à la représentation, toujours à partir de l’œuvre de Patrice Hugues et en appui d’allusions faites en cours.


Tissu préincaïque. Décor structural selon un jeu de diagonales déterminant tous les rythmes du tissu ; Il comprend dans tous ses chemins de motifs ; le même motif hybride d’oiseau et de regard (cf polycope papier prochainement distribué)


Approche de leur contenu cosmogonique et rituel

Avec l'exemple des premiers tissus péruviens, énigme de l'oiseau et du regard, en se disant il y a bien la forme d'un récit mythique (oeil et oiseau étant des éléments que l'on retrouve dans bien des cosmogonies de la création, de la représentation de 1'ancêtre, de dieu ... comme dans la mythologie antique ou dans la mythologie égyptienne). Mais nous sommes tout de même devant une forme-mythique en attente de contenu, puisque le savoir ethnologique sur ces sociétés locales et leur culte solaire, est finalement trop limité pour pousser plus loin les hypothèses. La recherche de contenu sera plus facile à développer sur trois autres exemples suivants :

1° l'exemple du tissu chinois
2° l'exemple des broderies shoowas
3° l'exemple du tissu dogon


1. L'exemple des tissus de l'ancienne chine : soieries de l'époque Han




Les soieries chinoises les plus anciennes, qui nous soient parvenues, datent de l'epoque des Han (206 avant J.C.) ; la chine pratiquant sûrement le tissage de la soie déjà au II° millénaire, voire au III° millénaire, avant notre ère. Le motif du dragon est un des plus répandus sur les tissus de cette époque. On le retrouve dans le tissage commun et dans le tissu de luxe ; il est un des plus anciens aussi.

Bien sûr, dans le rapport entre le mythe et le tissage ... il est évident que 1'anciennete des mythes plonge infiniment plus loin dans la nuit des temps que le passe des
tissus. Le tissu enregistre, inscrit les signes parlants d'une tradition orale de la transmission des mythes d'une ethnie. II fait entrer le mythe en correspondance avec plusieurs types de signes graphiques, abstraits ou plus figuratifs. Le tissage est une transcription de la tradition orale immémoriale.

Le dragon : cet animal est le résultat d'une hybridation symbolique, il est figure hybride dans la mesure ou il renvoie :

- à un animal évoquant, peut-être, de façon lointaine, les anciens monstres disparus.

- mais également a 1'union sexuelle du laboureur et de la tisserande (mythe stellaire de l'opposition et du mariage des 2 divinités : le Bouvier et la Tisserande. Le  Bouvier,   principe  masculin  et la Tisserande, principe  féminin. Ce couple correspond d'ailleurs au couple de la vie rurale réelle.

Le dragon est figure d'hybridation, de confluence, d'union sexuelle, d'union exogame. Il est symbole populaire, né des danses collectives, comme la plupart des figures emblématiques tissées, aussi bien que calligraphiées, de l'ancienne chine. A l'origine, c'est ici le geste danse qui se ritualise dans le tissu, qui se concrétise dans l'espace-temps, dans l'objet-tissu. Le tissu concrétise et la danse - nous avons dit qu'il était rythme - et l'emblème qui entoure le mythe.

Nous débouchons alors sur la relation Rite/Mythe/Danse. La danse est également une structure de répétition qui va permettre de dire, redire le mythe, de le convoquer a réactualisation. Le tissu inscrit spatialement sa propre structure répétitive (nous avons vu que le tissu est, par trait structurel, la répétition illimitée). Le rythme du tissu confirme la ritualisation de la danse. II confirme la ritualisation du mythe, en incarnant de manière plus stable, plus aisément transportable, les figures emblématiques.

Exister aux yeux de tous dans une actualisation persistante.
A la différence du chant et de la danse qui sont symbolisations instantanées, toujours réitérables, mais fugaces, le tissu capture l'emblème, ici, le dragon... et il redit le mythe stellaire du laboureur et de la tisserande, il dit 1'union sexuelle de l'un et de l'autre, il dit la ritualisation dansée du mythe et il donne son incarnation a l'animal fabuleux.

II faut insister sur cette fonction imaginaire du tissu primitif qui consiste à donner une existence "objectivée" aux créations fabuleuses, légendaires.

La légende qui, auparavant, n'était que voix... autrement dit souffle éphémère dans le vent, va désormais s'inscrire dans un objet que l'on peut diffuser, transporter, échanger.


2. L'exemple des broderies Shoowas

On passe en Afrique (broderies Shoowas - royaume de Kuba : centre de l'actuel Zaïre, ces tissus sont beaucoup plus récents : XVIII0, début XIX0. II s'agit d'ethnies pratiquant l’agriculture en bordure de foret équatoriale dans des circonstances de paix, d'isolement relatif qui ont favorise une relative promotion des femmes tandis qu'elles, diminuaient le rôle des guerriers, sinon des chasseurs. Dans la plupart des tribus, les femmes pratiquent la broderie, avec des résultats spectaculaires, des velours brodés. Ce sont les hommes qui tissent et les femmes qui brodent. La colonisation a fait disparaître ces pratiques, restent les collections.

Curieusement ces broderies nous disent autre chose de la relation au mythe. On a parlé du rapport du mythe à la danse rituelle ; les mythes vont aussi s'inscrire avant le tissu, sur la peau, cette première toile à imprimer. En fait, la première stabilisation des figures ayant relation avec les scènes mythiques vont se tatouer, se dessiner en autant de tatouages sacrificiels... Avant la ritualisation fixée entre fils de chaîne et de trame, il y a l'entaille et la cicatrice, pour dire 1'initiation a la connaissance mythique. Les tissus qui ont rapport avec les traditions orales, avec la danse, ont aussi rapport avec ces premiers marquages du corps, ces dessins sur peau humaine, ces traces initiatiques. Nous disions le tissu a constitue 1'un des premiers schèmes spatio-temporels fixes du mythe... la peau l'a précédé (mais ce n'est pas un objet transportable).

Les broderies shoowas reprennent les premières inscriptions rituelles sur la peau. El les sont directement passées du tatouage à la broderie Ce qui signifie que les femmes d'ordinaire non initiées, eurent, par la broderie, accès au langage initiatique. Car ces tatouages cicatriciels pratiques rituellement sur le corps étaient les signes- témoins de 1'acte d'inceste commis, selon le mythe, par le démiurge Woot avec sa soeur.

II s'agit d'évocations partielles par signes graphiques, géométriques de la cicatrice -témoin de l'inceste et non de la figuration d'un tel mythe incestueux. Les traces de l'évocation mythique vont être repris dans le motif brode, mais complexifie par référence aux anciens tressages et entrelacs des vanneries et surtout par référence aux nattages représentant les parois des cases.

Grâce a la broderie exclusivement réservée aux mains des femmes, de générations en générations, il y a :

- Initiation au mythe, a la cosmogonie, en signes et connaissances partiels.
- Récupération d'écriture cicatricielle dont elles n'ont pas la maîtrise.
- Symbolisation de 1'activite de vannerie et de nattage, maîtrise des décors du foyer.
- Maîtrise de marquage des parois, de la peau de l'habitacle, sinon maîtrise de marquage de la surface des corps.

Le tissu brodé dit le statut des femmes shoovas dans l'initiation cosmogonique et dans la division hiérarchisée des taches. Maîtrise veut dire droit sans partage. Les femmes ont le droit exclusif d'interpréter les motifs brodes, de les nommer, de les changer... même s'ils apparaissent, sur bois, sous la main des hommes. De plus, ces femmes, seules lectrices de leurs broderies, ne sont pas seulement consommatrices du mythe ; dans ce mariage entre tatouage et arts du nattage s'inscrit une dynamique de création et d'invention spécifiquement textiles, susceptibles de modifier certains éléments de la mythologie. En décidant d'accentuer, de varier les fils, les couleurs, les points, elles créent d'autres voies d'accès au mythe, constituent d'autres rapports entre les éléments. Elles gravent autrement leur place dans l'initiation mythique dont elles sont partiellement exclues.

II y a division sexuelle des supports de l'expression esthétique et division sexuelle des formes esthétiques. Bois, gravures, sculptures sont réservés aux hommes. Mais le privilège féminin de la lecture des signes cosmogoniques ritualises dans le tissage, n'implique pas la simple possession d'un langage traditionnel, puisqu'il y a intervention possible sur le récit, la configuration mythique par la pratique et la mémoire gestuelle des fils brodés.

Notons que dans ces tissus, le mythe ne se trouve ni raconte, ni figure ; il s'agit ni d'une image, ni d'un récit linéaire. Le mythe, résultat d'une pratique collective, n'est pas la représente, mais rendu réel, présent par ces signes partiels formant un ensemble répété, continu, unifié. Les signes sont lus, décryptés, comme un code par ceux qui en ont la connaissance et le pouvoir. Les tissus rituels sacres permettent, non pas la représentation mais la concrétisation du mythe. On peut dire que la danse, le théâtre ancien, sont représentation -apparition du mythe. On va dire que le tissu rituel sacre est incarnation partielle, fétiche substitutif fabrique, possède, capte des origines perdues, des grandes légendes inaccessibles.

Il s'agit de différents niveaux de symbolisation, de mode d'évocation du sacre, de restitution de l'origine absente qu'une image, un récit ne rendraient certainement pas avec autant de force. Le signe partiel capte dans le tissu est sans doute une de ses symbolisations les plus impressionnantes et les plus expressives.


3. L'exemple des tissus Dogon


L'exemple des Dogon - ethnie du Mali - a été rendu célèbre par les études de Marcel Griaule (Dieu d'eau) et Geneviève Calame-Griaule (La Parole chez les Dogon). Là nous trouvons une très belle analyse de la voix comme élément de la cosmologie et de la cosmogonie : la voix qui, comme le tissu, est cet élément le plus matériel, de la parole.

II y a là un exemple remarquable de rapport entre tissu et parole dans le cadre d'une civilisation, purement orale, exempte de tout enregistrement de son histoire par l'écriture. Or le mot tissu en Dogon - soih - veut dire "c'est la parole". Le tisserand - sointi -est celui qui fait la parole. En croisant fils de chaîne et fils de trame, l'homme est vêtu de sa propre parole.

Dans la mythologie Dogon, le Nomo communiqua aux hommes la parole par le tissage. Comme l'araignée produit ses fils ... l'ancetre mythique crache 7, 8 fils de coton qu'il sépare en deux parties égales entre ses dents - dents supérieures - fils pairs - dents inférieures - fils impairs - évoquant le peigne du tisserand. En ouvrant et fermant la mâchoire, le génie reproduit le mouvement vertical des lisses permettant le passage des fils de trame. La pointe de la langue du génie assure les fils de chaîne et la bande de tissu se forme hors de sa bouche "dans le souffle de la parole révélée".

Le Tissu est alors parole au sens le plus littéral.

Le bruit de la poulie lançant la navette signifie "murmure de la parole".

Tisser, c'est parler.

Parler, c'est tisser.

Le tisserand dogon chante en lançant sa navette et sa voix entre dans le fil de la voix des ancêtres.

Tisser, c'est parler comme l'ancêtre, le tissage est parole immémoriale, hors du temps.

Parler, c'est tisser... c'est se retrouver assimile à toutes les autres activités créatrices de l'homme, c'est engendrer le monde de la culture.

Le va et vient du paysan est comme celui de la navette, dans son champ forme de parcelles en damiers, analogues aux carreaux tisses de la couverture des morts.

La symbolique du tissu est ici originelle, elle permet d'établir une correspondance rituelle absolue entre toutes les activités humaines, recréant toujours la voix et le geste de l'ancêtre qui donna naissance au groupe. On ne peut pas trouver d'exemple ou le tissage soit a ce point parole ... puisque sa métaphore englobe toutes les activités de production et de culture. Toute la société dogon se nourrit et se lit a travers cette cosmogonie de la parole tisserande de l'ancetre fondateur ... que l'on ne peut que reproduire. Ce qui implique bien sur, malgré les variabilités du chant du tisserand, des paroles ritualisées, une forte codification des énoncés.

Parallèlement on constate chez les Dogon une grande codification des rituels de salutations, une grande codification des tessitures de la voix, une grande qualité d'écoute et de réception de la voix émise. Les civilisations de l'oralité ont développe des finesses de la réception auditive, des sensorialités vocales qui nous sont difficilement perceptibles, presque inaccessibles. On peut constater un parallèle suggestif entre cultures du doigte (le tissage, le tissu) et cultures de la communication verbale (toucher de l'autre par les mots).


Du tissu à la représentation

Les tissus traditionnels, primitifs des civilisations orales étaient médiateurs d'accès, au grand mythe fondateur. Ils étaient pareils à des séquences incantatoires du sacré, mais plus stables, plus objectivées que la parole, le chant ou la danse. Ils étaient symboles sacrés incarnant, réifiant l'absent ... sans le figurer. Ces tissus "parlants" sont a l'opposé de la représentation imagée, comme le sera l'icône de la chrétienté.

Il y a un rapport spécifique a l'image dans la religion catholique et romaine qui reconnaissant l'incarnation, va admettre la figuration divine. Toutefois, cette politique de l’ image religieuse restera très contrôlée. On a la ni la "décontraction" grecque par rapport
au  simulacre,   ni l'ascèse  iconique de l'ancien  testament, que suivront les  églises Orthodoxe, Juive et Byzantine.

La civilisation occidentale sous la double impulsion :

- d'un clergé instaurant l'image comme support de la foi,
- d'une noblesse, en ses fastes de cour, valorisant la compétition des regards, autrement dit, le contrôle des comportements, va choisir l'esthétique de la représentation : le miroir et le tableau.

Clergé et noblesse, a partir de la Renaissance, deviennent les grands commanditaires des oeuvres. Une représentation figurative en perspective, figurant les personnages qui entourent la vie et la mort du Christ, et devenant de plus en plus humains. C'est la grande période de l’Art de la Renaissance (Michel-Ange, Lippi, Pontormo, Masachio etc...) L'objet d'Art s'autonomisant du sacre est ne ... et ce, sur la scène de l'image, dans l'espace pictural.


La Société vénitienne cultive mascarades, et jeux d'apparences.

Venise au XVième siècle crée le miroir, crée le reflet, le double sépare de soi, la distance inquiète à soi : silhouette, corps objective en sa morphologie, son visage. Dans le miroir, le sujet devient objet, visage immobilise, corps immobilise ; la mort y saisit le vif.

Les maîtres italiens de la Renaissance créent la perspective, la vision du miroir met an centre la perception de l’oeil, l'illusion de la profondeur recréant le regard naturel, mais s'opposant a la vision plus intérieure, d'une autre nature que ces jeux d'optique.
Cette image narrative est bien différente des signes abstraits du mythe parcourant les tissus.

Dans cette logique miroir -tableau, on va intégrer le tissu et ses valeurs d'amplification lyrique (expression baroque du tragique). La religion catholique, par le tissu voile le corps du sexe, du péché. La représentation picturale prend a son compte cette logique de la spiritualisation du corps par l'étoffe. Mais il n'est plus que du tissu représente. Et chose paradoxale, la tapisserie, art vénitien et hollandais, va se mettre à imiter .la représentation picturale.

II y a perte de la spécificité de l'expression textile ou l'oralité, la mémoire des gestes, la proximité du toucher des choses, des symboles fabuleux sont au centre d'une civilisation développant les sensibilités mentales et relationnelles du tactile.

Dans la suite de ce cours, mais sur un plan différent deux textes brefs de Patrice Hugues, dans la lignée de sa réflexion si tissu biologique et tissu, né du tissage.


Autour de l’unique question qui se pose

L'avantage qu'il y a à suivre l'évolution des civilisations d'après le trajet d'un simple objet comme le tissu, est que cela simplifie la lecture de ce mouvement qui peut dons être mieux saisi d'ensemble. Et les sauts- confrontations entre les différents temps, les différentes époques peuvent ainsi mieux garder leur caractère d'ensemble précisément qui permet seul d'oser des conclusions ou propositions procédant d'une vision réellement synthétique et transhistorique. Jusqu'aux incidences les plus renversantes qui doivent absolument être reconnues, pour qu'il y ait les changements de point de vue radicaux nécessaires.

Alors que les niveaux de lecture savants et bien au dessus du trajet d'un simple objet comme le tissu doivent traîner tout un charroi plus large que la route, beaucoup trop lent pour le temps qui s'ouvre et qui passe déjà au suivant. Ne pas s'encombrer des préventions à rester au niveau élevé des "essentiels reconnus" qui constituent le discours habituel des historiens, des sociologies ou même bien souvent celui des philosophes ... Trop retardés, incapables d'avancer assez vite ni assez complètement pour que les changements de signes et de sens dans le mouvement puissent être aperçus et saisis, ils ne délivrent aucune vision "renversante", seulement des classements et des reclassements et des enchaînements en général bien trop courts.


L'unique question qui  se pose,
le problème le plus important à résoudre c'est : comment - au delà de
la vie qui s'éprouve surtout dans les étroites limites et proportions de nos vies individuelles -s'accomoder de l'insertion de l'homme dans l'évolution des espèces, comme être vivant survenu tel à partir de la succession de nombreuses espèces animales, et attenant donc à l'animalité, d'une part, sans qu'il y ait, d'autre part, un auteur- créateur, infiniment plus vaste que soi, qui ait pensé et pense le monde; sans qu'il y ait non plus un devenir "plus humain" d'assuré ?

Savoir que tous les édifices et "progrès" de la civilisation ne sont et ne peuvent être que des prolongements à partir de là.

Ce qui n'est pas si mal.

Sans trop craindre que la poursuite de ces prolongements "humains" s'arrête bientôt et qu'ils n'aient
pas devant eux un avenir infini. Tous ces "prolongements" ne peuvent se former qu'à partir de la vie, des vies humaines qui se succèdent: c'est l'unique zone de régulation, de mise en oeuvre, de production du nouveau dans l'évolution de l'avenir, dans l'evolution des espèces. C'est, je pense, dans ce sas-là, le sas de la vie, que tout doit être étudiée maintenant.

II faut donc s'acharner a bien reconnaître ce qui dans les moeurs, la pensée, le sentiment, l'action est vie véritable et agent positif dans le sens de cette vie créatrice de prolongements "humains". (Exemples dans l'évolution des moeurs : est-ce que les manipulations génétiques abusives, les clonages, la procréation assistée poussée à ses extrêmes (avec donneur inconnu, mère porteuse...) aident à coup sûr dans ce sens ? Et le développement de l'homosexualité (HH et FF)? Est-ce que la parité HF et l’amour d'enfant dans le couple ne vont pas bien davantage dans ce sens ? Oui ou non? Dans le sens d'une mixité forte ?).

A cet effort de reconnaissance sagace, le tissu peut aider comme un indice de tous les instants sur le trajet qu'il accomplit avec nous. Tant de choses ont été ressenties, notées et communément vécues dans l'usage, le porter, les présences du tissu de nos vêtements, les linges, les tentures, les rideaux, que c'est la un gisement aux ressources d'expression inépuisables, en emploi direct tel quel ou en emploi inhabituel (1). Ces ressources d'expression sont bien plus sensibles a chacun, bien plus connues de tous, bien plus largement pratiquées, bien plus intimement ressenties que les mots, bien plus vitales et vivables et vécues que les images même ; aucune ressource qui soit aussi familière et qui soit aussi naturellement appropriée a chacun de nos gestes. C'est à peu près comme entrer et sortir.

Ce qui est a portée de nos perceptions immédiates peut être retenu comme ayant le plus souvent valeur d'objet, comme ayant corps et forme;- en somme tout ce qui peut être saisi au moins par la vue et le toucher (plus les trois autres sens en bien des cas).

Le Tissu -objet, l'objet- tissu mérite le plus grand intérêt, ou au moins un plus grand intérêt, maintenant. Parce qu'il est bien l'élément de continuité qui est le mieux en correspondance avec tout ce a quoi la biologie nous a introduit depuis 70 à 100 ans et surtout dans les 20 dernières années - y compris bien sur la biologie moléculaire. Tissu et tissus biologiques ?

Différence radicale avec le temps antérieur ou la matière physique et la chimie des éléments retenaient principalement l'intérêt sans une pareille concurrence du cote du vivant. Opérant bien plus par des mesures dans l'espèce et le temps, de rayonnements, d'énergie, instrumentant l'optique, donc allant avec lentilles et miroirs jusqu'aux particules, mais, sur cette voie, ignorant le vivant et aussi bien le tissu.

Cependant le tissu n'est jamais qu'une mince couche de fils en grand nombre, qui s'entrecroisent en comptes très précis selon une structure rigoureusement ordonnée et régulière a rythmes répétitifs (éventuellement en plusieurs nappes : en double ou triple étoffe), ou des plis imprévisibles et mouvants peuvent se former sans cesse dans l'instant de nos gestes et de notre respiration. Retenir avec le plus grand intérêt le tissu, qui n'est qu'un objet, cela veut dire implicitement mettre en avant la nécessité d'un nouveau rapport entre l’être et I'objet. En tenant bien entendu compte du rôle tout à fait spécifique du tissu qui s'établit toujours au passage, a la limite de notre corps, pour servir de "passeur" à l'être.

"Réification" des idées, avec ces histoires de Tissu ? - Non pas.

Mais inversion nécessaire, avec les temps nouveaux, de certains signes de base :

- non plus laisser de cote la matérialité des objets humains : condition première depuis si longtemps d'accès a la transcendance ;

- au contraire, pour une part, revenir a la réalité concrète des choses, des objets, comme parties prenantes de "l'etat du monde" (Wittgenstein), pour retrouver les voies de l'immanence, aussi. (Sans renier pour autant les voies de la raison et de l'abstraction).

Dans tout cela, il ne s'agit jamais que de la question du changement de sens des signes dans certains de nos fonctionnements de base : + devient - et - devient + :
Dans un rapport radicalement nouveau entre sujet et objet comme entre objet et pensée, selon un nouvel équilibre.

Et ceci d'autant plus justifie que le "virtuel" et les avantages de la numérisation, avec lesquels nous sommes désormais engages, impliquent, en contrepartie pour garder tout leur attrait, que nous saisissions les réalités les plus immédiatement concrètes les plus fortes, telle celle du tissu, qui s'offre au plus près de nous constamment. De fait, en raison de sa structure, la structure tissée, qui est elle-même une structure entièrement numérisée, le tissu permet un rapport concret- abstrait, assez rare, avec ce monde de la numérisation et du virtuel.

(I)- Le tissu peut prendre effet comme si c'était encore I'emploi usuel, même si on est dans une association qui n'a jamais etc d'un emploi courant, qui n'a jamais en cours dans nos habitudes.


Le tissu entre le sens commun et le "vécu moyen"




Tout près du "vécu moyen ", le tissu relève cependant d'un véritable sens commun. Aujourd'hui le sens commun a peu de place en comparaison du "vécu moyen" d'un "peuple moyen"; c'est bien devenu "la chose du monde la mieux partagée", ce "vécu conforme ou de substitution" par imposition des medias (1). Tandis que les religions et les idéologies dérivent et qu'autre chose se passe, l'informatique et Internet perturbent et modifient radicalement les fonctionnements mentaux et intellectuels dont nous avons une si grande habitude.

Bien plus qu'ils ne modifient ceux du sexe. Dans l'incertitude qui en résulte à bien des niveaux de 1'activite intellectuelle et psychique, la "certitude du sexe" prend la valeur refuge et super- attractive du "hinc et nunc", ici et maintenant.   Doublant ce sens commun défaillant, le sexe, qui est bien ce qu'il y a de plus semblable de l'un a l'autre et de l'une à l'autre, est le seul "vécu moyen individuel" possible, il se presse de combler le   vide . Même assujetti aux medias lui aussi, il les déborde en partie (même si un "vécu sexuel de substitution" est lui aussi plus que jamais possible, justement par les medias). Plus concret et bien plus physique que le sens commun, le sexe est et reste par sa nature, comme le patrimoine génétique de chacun, acte de soi et d'une pratique rigoureusement individuelle (même pour les échangistes) (2).

Or Le tissu est "dans" le sens commun, comme le langage, tellement il est a tout le monde. Tantôt    sublime, tantôt méprisé, il intervient toujours dans l'entre-deux silencieux de nos vies et sert bien des régulations vitales pour chaque être. II est d'un emploi certes d'abord individuel; comme tel, il sert aussi bien le sexe, le secret ou l'expression de soi. II peut aussi bien servir l'esprit, le spirituel. II intervient en même temps entre nous, dans le milieu, dans le commun. II joue son jeu très proche du "vécu moyen" mais quand même il est inaliénablement personnel, toujours pour une grande part implicite et silencieux. Dans une position imprenable, tellement il est au passage "d'un sens commun", au niveau de l'implicite. C'est ce qui lui permet de garder intacts et opérants tous ses pouvoirs."Hic et nunc".


En complément

1) - Le bon sens et le sens commun ? S'agissait- il pour Descartes d'une seule et même capacité humaine: usage spontané d'une forme immédiate, naturelle, de la raison, "la chose du monde la mieux partagée " d'un côté, de l'autre intuition naturelle commune a tous de toute une série de "vérités" premières? Les deux sont à peu de chose près superposables. Qu'advient-il quand on en arrive "au peuple moyen" d'aujourd'hui? II n'est plus possible de dire que le sens commun est demeuré intact, qu'il fonctionne toujours aussi sûrement : à la place s'est logé "le vécu moyen", plus le sexe . Le sens commun de Descartes laisse place aux dérèglements de l'imaginaire dès lors que le sexe remplace Dieu. Descartes aurait aujourd'hui à revoir la distance entre sens commun et raison : duo à remplacer complètement à moins qu'une admirable régulation ne survienne justement a l'heure présente, introduisant de nouveaux équilibres. Une nouvelle cité, ni celle de Dieu, ni celle du sexe. Et d'abord celle de l'égalité dans la différence HF, celle de la vie, celle de I'enfant. Mais cela supposerait que le triangle oedipien se manifeste"dans la cité" sous une forme qui ne serait plus la tragédie, plutôt respect et amour mutuels : soit Jésus-Christ plus son épouse et ses enfants, nullement immortels, bien sur terre et aimant beaucoup de monde.

2) -Le goût de I 'argent est de la même veine que le sexe : le pouvoir et I 'attrait de l'argent sont proches parents de ceux du sexe et vont suivant le même courant. Le rapport de l'argent et du tissu mériterait pour lui-même une étude. Ou 'est-ce qu'elle ferait apparaître entre outre ? Si le tissu est nomade et mobilier, I 'argent est bien plus mobilier encore, et maintenant plus que jamais avec la téléfinance. La structure tissée du tissu est la première structure numérisée apparue dans la civilisation, le fonctionnement de l'argent a toujours été lui aussi numérique, mais à l'heure de la numérisation généralisée, le fonctionnement de l'argent devient l'extrême de l'instabilité, tandis que la structure pérenne du tissu représente une stabilité. Et l'argent, s'il est affaire de compte comme le tissu, se pratique bien plus loin du corps. II ne peut servir des régulations aussi vitales que le tissu. Au contraire, comme le sexe, il est susceptible d'engendrer des dérèglements redoutables.


Le tissus du monde ...  pour un paradigme de l'anthropologie (1)







Ce cours est réalisé par Joëlle DENIOT
Professeur de Sociologie,  Responsable
du Master Culture - Université de Nantes
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Evènement

Table ronde du 7 septembre 2012 à la Galerie Delta à Paris autour du livre de Joëlle Deniot, Edith Piaf, la voix le geste l'icone Esquisse anthropologique et du vernissage de l'exposition de l'artiste nazairienne Mireille Petit-Choubrac illustratrice du livre.- Création sur Youtube de Jean-Luc Giraud, sur les prises de vue de Léonard Delmaire

Cliquez sur l'image pour accéder au Youtube de 26 minutes.

Laurent Danchin critique d'art (art brut art populaire), Joëlle Deniot auteur, Jacky Réault préfacier. Galerie Delta 7 septembre 2012

 

Joëlle Deniot. Edith PIAF. La voix, le geste, l'icône.


© Joëlle Deniot, Professeur de Sociologie à l’Université de Nantes

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  L'urgence de s'interroger sur les transmissions effectives dans une société qui se définit dans la l'immanence d'un présent et la fuite illusoire dans le projet

La sixième édition de L'Eté du Lestamp (quatrième du Lestamp-Habiter-Pips) se déroulera à Nantes les 27, 28, 29 juin 2011 à la Médiathèque de la Fosse à Nantes  Soumettre les propositions à                   joelle.deniot@wanadoo.fr  ou  jacky.reault@wanadoo.fr -       ou 06 88 54 77 34  

 



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