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Jacky REAULT
Maître de Conférences - UFR de Sociologie à
l'Université de Nantes, LESTAMP-Association
Droits de reproduction et de diffusion réservés ©
LESTAMP - 2005
Dépôt Légal Bibliothèque Nationale de France
N°20050127-4889
Quelques
réflexions de premier moment autour du Non au referendum
initié par l’oligarchie européiste
Mon intuition globale d’historien est que cette journée
vaut bien celle de la prise de la Bastille quoiqu'elle
soit strictement défensive et que son débouché politique
est bien peu assuré si l'on considère le niveau et la
largeur d'esprit des récupérateurs qui prétendent
l'orienter et l'absence de tout véritable leader
populaire capable d'unifier cette marée de liberté
retrouvée.
On commencera par deux séries d’images à faire encadrer
d’urgence pour l'histoire à raconter a vos petits fils.
Nous vivons le temps de l’ambivalence des images. La
plupart, celles, mobiles du flux médiatique, chaque jour
dans l’œil du cyclope télévisuel au sein des vies
privées, sont des leurres de l’enfermement interprétatif
réduit à l’anecdote excluant tout récit qui ramène aux
mémoires identificatrices et aux symbolisations de
l’appropriation possible d’un monde à connaître dans les
limites des raisons de l’individu moderne, entre névrose
et critique ou interdit de connaissance dans les formes
de subjectivations de la mondialisation (psychotiques et
acritiques ) – cf. Dany Robert Dufour, L’art de
réduire les têtes. Fayard 2002 - ; il est d’autres
images, le plus souvent des photographies qui s’avèrent
plus libres et plus disponibles pour la réflexion.
Entre ces deux moments qu’il est légitime de relier
sinon de confondre, les présidentielles françaises de
2002, et le referendum sur la « constitution
européenne » de juin 2005, deux photos se sont révélées
dès leur production, à valeur historique parce qu’elles
ont condensé des flux de sens et de valeur probatoires
qui ont été ré-appropriées par des multitudes à qui
leurs représentants naturels ne donnent depuis longtemps
plus rien à penser.

La première, image d’une certaine Europe en pratique,
réunissant le trio de l'Accord de Barcelone entérinant
le double recul des Etats et des peuples sur le systèmes
de retraite et sur la communalité des services
(publics), J. Chirac, L. Jospin, E.A. Seillières, du
temps de la campagne des Présidentielles de 2002. Nous
l’avons ressortie pour qu’elle prenne l’air, elle n’a
rien perdu de son éclat ! Décidément
on
vit
une
époque
formidable
et
la
mondialisation nous offre des photos superbes,
exclusivement masculines, hélas... oh Reiser !

Dites leur Non, disait l’autre en subvertissant à peine
ce qu’induisait sans le savoir la couverture de Paris
Match ou les deux compères avaient eu l’imprudence, mais
aussi la fatuité, de se montrer ensemble. Même costume
même chemise même cravate, même sourire, même oui ! La
suite coulait de source et le fleuve populaire a trouvé
son cours et sa mer. C'est fait et la mondialisation ne
sera plus jamais comme avant !

Et quel non ! L'histoire des peuples est repartie et
c'est vraiment cette fois-ci dans une campagne de
résistance à la mondialisation. Guy Bois et ses analyses
qui ont radicalisé notre perception et ont enfin permis
d’unifier tant de forces disparates et de phénomènes
apparemment éclatés, (Une nouvelle servitude, essai
sur la mondialisation 2003, François-Xavier
de Guibert) n'ont jamais été si nécessaires et si
confirmés.
Le colloque du Lestamp aussi qui se déroulait à la
Médiathèque de Nantes-centre du monde, en décembre
dernier n'aurait pu viser plus au centre de la
contradiction principale du temps actuel. Notre
communication annonçais « Le retour des peuples ». Elle
va venir, on a seulement pris un léger retard pour cause
de vents disciplinaires internes et externes un peu
pesants.
On y est !. Ce vote, même analysé à la diable et de
haut, s’avère un vrai rêve de sociologue ; enfin de ceux
d'entre eux qui s'intéressent plus à la réalité sociale
et à l'histoire vivante plutôt qu'à la "(re)construction"
de cette réalité et à l'évolution (un seul sens
dont seule une cléricature érigée, en secte
disciplinaire possède, seule, la clé) et qui cultivent
cette culture de la rupture épistémologique
d’avec les prénotions du sens commun ; culture
devenue l'alibi imposteur de leur séparation méprisante
d’avec la communauté de leur peuple.
Ce vote « c'est la très nette volonté de protestation
des classes populaires » doit reconnaître un des ténors
de la classe parlante, Roland Cayrol lui-même (La
Tribune du 30 mai 05 ) pourtant expert en promotion des
élites de la pensée unique. Mais pourquoi de
protestation ? sinon, pour insinuer les bornes
populistes - cette insulte suprême des oligarchies
régnantes - et la dimension sous-politique où l’on veut
confiner tout cela ; la protestation sociale ce
n’est pas si grave, cela ne touche pas au dogme de la
nullité politique adjugée des peuples.
Volonté nous suffit (hein Jean Jacques !) ; c'est qu'en
l’occurrence ces classes populaires que là
encore, la chirurgie sociologique habituelle délie, sont
inséparables de peuple.. Sujet collectif, auteur
(auctor, auctoritas), de la souveraineté depuis
les révolutions modernes et d’abord la nôtre.
Volonté du peuple ! Rien de moins, rien de plus. D'’un
peuple retrouvé, clé de toute résistance, même si, comme
toujours, ce sont d'abord les classes populaires
et d'abord, los olvidados par excellence, les
ruraux, ces périphérisés de l'intérieur, ouvriers
(la moitié) et chasseurs (le seul mouvement social
populaire et démocratique né depuis la mondialisation),
même si ce sont ces deux évocations repoussées par la
bien-pensance qui manifestent le plus clairement cette
volonté. Ce qu’ils refusent et toujours plus de vote en
vote depuis 1984, (en changeant à chaque fois la
majorité politique entre les deux pôles du pareil au
même) et avec le plus de conséquence, maintes
observations permettent de l’expliciter, ce qu’ils
refusent, pour le moins trois violences qui leur sont
faites depuis que l’air du temps de la mondialisation a
conquis les oligarchies urbaines accaparant les pouvoirs
de scènes et les paroles médiatisées.
La première est celle de l’injonction à leur disparition
comme nation libre et indépendante. La seconde
reconnaissance attendue, comme au temps du progrès
social des Trente Glorieuses de la société salariale,
c’est la reconnaissance de leurs intérêts spécifiques à
la fois différenciés de classes, essentiellement des
producteurs, c’est la reconnaissance de droit à la
territorialisation (empaysement J Réault Coll
Lestamp 2, 4 Déc 04) protégée.
L’unité de l’ensemble, dans des sociétés modernes
démocratiques, aptes à gérer leur légitime
conflictualité, est la nécessité organique mais aussi la
valeur plus ou moins universelle, en tout cas dans
l’universel concret de la nation, du lien entre les
classes et les nations danb leurs luttes solidaires
retrouvées.. Sur ce lien luttes de classes, luttes de
classement, cadre national de la société salariale, Todd
retrouvait dans l’analyse des votes, l’œuvre fondamental
qui pense et clôt une époque. Les métamorphoses de la
société salariale (Aglietta et Brender, Calmann-Lévy
1983) est publiée l’année de la renonciation par les
« élites » de scène en France, à la résistance à la
mondialisation.
Le troisième refus est celui des fondamentaux de
l’humanisation, sur le rapport de la loi et des
communautés (qu’indique mais que ne résume pas
l’inceste), sur les grandes différenciations fondatrices
de la raison, parents/enfants, hommes/femmes, âges de la
vie et de raison interférant, sur la légitimité de
l’indigène sur le territoire qu’il a façonné pour
paysager le pays des humains.
Tout ce que, sous couvert de tolérance
absolutisée, de dénégation nihiliste, de rejet de tout
rapport nature et culture, d’antinationisme , on fait
norme le piètre et mortifère modèle de la pensée zéro
(Todd, l’illusion économique, 2002, P A Taguieff,
Résister au bougisme 2001). Les oligarchies
mondialisées imposent avec violence et mépris, au sens
commun populaire disqualifié et méprisé, à partir de
l’épicentre californien- si justement repéré, de sa
prison par Regis Debray identifiant le noyau libéral
absolu de la pensée 68 - et depuis relayé par la
financiarisation uniforme des media de la
mondialisation.
Notre populaire (J. Réault, in Deniot, Dutheil,
Crises et métamorphoses ouvrières L’Harmattan
1994, composante de celui du Lestamp au sein duquel on
l’a complété en janvier 2004) , c'est l'unité organique
et non l'absurde opposition des trois termes de
l’organicité singulière de toute société, formation
sociale, unité d’humanisation.. C'est
l'interférence mobile et complexe :
- du populus ( le tout, la nation qui veut durer
sur un territoire spatial et mémoriel et qui est la
médiation première de toute humanisation et de toute
identification au sein du monde via ses civilisations )
-de la plebs ( les travailleurs dans
leurs unités de vie (ce qui inclut les mobilisations
familiales et domestiques) et non le "bas" des
idéologies sociologiques nostalgiques du stalinisme
réfugiés dans le mépris pour la classe raciste, (
e Verret du dernier âge, hélas ! ) ou pur les
frustrés qui ne veulent pas renoncer à leurs acquis
au profit des nouveaux parias, (St. Beaud) Ah
cette fascination pour les borderlines ! )
-du commun des linguistes et des anthropologues
de la culture, (l'ordinaire de Joëlle Deniot ou
de Michel Maffesoli), mais aussi d'Orwell et de sa "common
decency" si profondément redécouverte par
Jean-Claude Michéa, sur le socle démocratique du
common sense britannique.
Quels peuples
dans le vote de juin 2005 ?
Chiffrons donc, il y a de quoi faire, quoique les
institutions de sondage ont presque toujours au cours de
la campagne dissimulé leurs croisements avec les
catégories sociales et spatiales pour nous enfermer dans
l’indexation aux boutiques politiciennes radicalement
hors sujet. Quel est le vote supposé des "électeurs
socialistes" etc.. Ce type même de questionnement
abolissait du même coup la conception citoyenne du vote
et la démocratie sociale indexant les identités aux
modalités identifiantes du travail et de l'emploi.
Le oui est la réponse de la grande aisance et de la
richesse.
Ont dit NON, on commence désormais à le savoir en
épluchant vraiment beaucoup de papier, 66 % de ceux qui
gagnent moins de 1000 euros par mois, 66 % de ceux qui
gagnent moins de 1500 (notez que la scission
misérabiliste qu'affectionne la deuxième gauche
et les réseaux dominants nantais, des "exclus" opposés
aux salariés n'existe pas face à l'avenir d'une nation,
il n'y a ni "banlieue" ni "pauvres" mais une milieu
populaire solidaire) 55 % votent non, de ceux qui
gagnent entre 1501 et 3000, mais plus que 40 % de ceux
qui gagnent entre 3000 et 4500 et 26 de ceux qui gagnent
plus ( CSA La Tribune ). C'est beau comme à la revue ;
y = ax pour les amoureux des fonctions
statistiques.
Mais mieux encore vaut l'aune du rapport au travail,
près de 70 % des ouvriers plus de 60 % des employés, la
majorité des professions intermédiaires.. Quant au
rapport du oui et du non à l'emploi, cet autre marqueur
des "rapports sociaux de production", il est tout aussi
parlant en bloc : 60 % du salariat cadres compris (64
pour ceux du public et même 58 % pour ceux du privés ont
voté non. ( Où se trouve la scission que tentent, depuis
une génération de creuser ensemble, les media la CFDT et
le patronat entre ces deux pôles du travail libre en
France ? ) ; quant on passe au niveau du détail,
l'intensité du rejet se manifeste comme un véritable
hurlement, 71 % des intérimaires ont voté non, 69 % des
CDD (dont pourtant la majorité sont des femmes) et les
CDI sont encore 58 % cadres et fonctionnaires compris
.Il n'est jusqu'aux inactifs dont 54 % ont voté
non; malgré le pilonnage niais et sénile des universités
bien pensantes, la majorité des étudiants n'a pas suivi
alors qu'elle est en train éprouver l'Europe des
mastères, celle du nivellement intellectuel par le bas
des Universités.
Seuls donnent une très courte majorité au non les
patrons, encore est-ce en fin de campagne et par
tropisme chiraquien, et les retraités dont le
légitimisme et le besoin de conformité s'ajoutent à une
provisoire protection maintenue, acquis pourtant
précarisé de la France de l'indépendance nationale et de
la croissance des Trente Glorieuses, du compromis social
de société salarial entre le communisme et le gaullisme.
L'Ouest de la contre- révolution (infra) a bénéficié de
ce point de vue de son suréquipement clientéliste en
maisons de retraite sous la coupe des notables. Qui n'a
pas vu hier les cars entiers affrétés par quels fonds
publics ou occultes, déplaçant les pensionnaires des
maisons de retraite vers les isoloirs du bon vote dans
la ville de Nantes qui donne 60 % au oui ?
Ce sont bien les actifs qui sont en même temps les
chargés de famille - et donc d'avenir - qui sont le
socle de cette nouvelle résistance à la mondialisation
qui, pour la première fois et grâce à cette seule forme
du suffrage universel national direct, n'est plus
affaire de minorités ésotériques, ces derniers
d’ailleurs n'osent plus se dire anti-mondialistes et
veulent tant se faire montrables pour ne pas déplaire
aux media financiarisés qui les ont transformé en
gentils "alters," incapables de solidariser avec les
autres formes de résistance populaire anti-américaines
au niveau mondial, en invoquant comme si souvent la
social-démocratie pour masquer ses trahisons
colonialistes, une laïcité alibi de la xénophobie
anti-arabo-musulmane.
Le non vient de reproduire un lieu commun, autour
d'un bien commun menacé ; il a rappelé au monde que
voulait toujours vivre le peuple français, il a montré
à ce peuple que le mépris et la tyrannie des nouvelles
oligarchies n'était pas une fatalité. Commune commune !
c'est le premier cri de l'émergence des peuples modernes
au sein même du féodalisme.
Une souveraineté empaysée dans les territoires de temps
longs d’une France-diversité. (Braudel)
Ce vote est un vrai rêve réalisé de géographe social
aussi. Le non est d'abord et à un point insolent, celui
des campagnes qui une fois de plus assènent aux
monopolisateurs de la parole des scènes médiatique ou
sociologiques qu'elles existent bel et bien, savent
encore chasser, entre hommes, et savent que même
en cours d'extermination euro-mondialistes des petits
agriculteurs sont encore les indispensables empayseurs,
producteurs de paysages et de pays.
Les ruraux n’ont pas oublié le "charbonnier maître chez
soi" long idéal millénaire (presque) arraché une
certaine nuit du 4 Août 1789 après le plus puissant
mouvement populaire victorieux de l'histoire de France,
trop abusivement réduit à une expression que l'on
croirait déjà empruntée aux media de Maastricht et de la
constitution de Giscard, vilipendant les attardés et les
crétins : "la grande peur". La plus puissante
réalisation historique jamais réalisée de ce que Roger
Dupuy a fortement élaboré comme Politique du peuple
(Fayard 2002), cet impensable ou plus précisément ce
refoulé de la science politique, science naine,
appendice des chapelles médiatiques et même de
l’histoire progressiste, l'autre histoire sainte se
drapant dans l'empire du bien pour domestiquer et
moderniser les peuples, à l'égal des libéraux.
Les résultats spatialisés offrent un vrai festival de
révélations plus riches en un seul jour que dix ans de
production de sociologues, ces gens qui ne savent rien
d'organique sur leur société pensée comme un tout.. En
un mot, l’unique bloc cohérent de départements qui
donnent une majorité au OUI au milieu d'un océan de Non
a constitué, il y a deux cent ans, l’espace principal de
la Contre-Révolution ; ( l'histoire profonde et
fondatrice rejoue de bien loin - relisons Braudel -).
Les choses se sont bien éclaircies depuis la répétition
générale du vote autour du traité de Maästricht ; le
poids de l’Eglise catholique constituait encore le
principal discriminant et le vote hors Paris
correspondait à deux siècles de catholicisme
post-révolutionnaire ; les réalités de la mondialisation
on fait un sort à l’emprise de la plus ancienne
multinationale. Ce qui reste une constante en revanche,
c’est la deuxième matrice de l’acquiescement majoritaire
à la solubilisation des peuples dans l’alcool du marché
: les bobo-lands des très grandes villes les plus
mondialisées - Paris-plage-vélo, Lyon la fédéraliste et
quelques autres métropoles peuplées de cadres supérieurs
et de ces si commodes "sans papier".
Rapportée à cette toujours si vivante grande
polarisation de la révolution néolithique, entre ville
et campagne et malgré ces interpénétrations digitalisées
qui semblaient les dédifférencier, la géographie du non
et du oui est tout aussi massivement exclusive (même
dans les départements de l’Ouest à oui majoritaire, on
la retrouve aussi). Quelque peu ruraliste (c'est pour
les Verts, une maladie et j’adore rendre vert ceux qui
nous disent que l’espèce humaine est de trop sur la 3°
planète) mais plus encore impénitent historien d’esprit,
c’est avec une double jubilation « scientifique » que je
vois réactualiser cette constante, dans les moments-clés
de résistance nationale, le populaire de tout le
territoire, peuple urbain compris, et le rural
forment un ensemble-milieu organique (que les
économistes de la consommation telle Nicole Tabard, ont
repéré depuis longtemps). Et dans ce tout c’est -
contrairement à toutes les analyses technocratique et
évolutionno-progressistes la ville, ou ce qui en reste,
disons l’espace artificialisé du résidentiel urbain qui
est tirée par le rural - c'est le peuple rural
qui est le noyau dur, "conservatoire" du peuple-nation,
qui donne le ton, et non les villes d’où viendrait tout
initiative et force d’attraction si l’on en croyait ceux
qui nous les présentent depuis deux siècles comme en
mission de civiliser les campagnes, tant chez les
marxistes courts comme chez les libéraux (Encore Michéa
et son Impasse Adam Smith !).
La mondialisation, son multiplicateur bruxellois, sa
monnaie de financiers, ses serviteurs de tous les
"partis de gouvernement", en gros grands et petits
oligarques, engendrent des faits sociaux et politiques
d'une intensité et d'un éclat démonstratif à la hauteur
de ce leur colossale monstruosité qui se présente aussi
comme une véritable révolution de la décivilisation. Le
Non populaire d'hier se singularise avec une
prodigieuse évidence comme inséparablement territorial
et social et dans les deux cas, le tout et ses
fractionnements civilisationnels (espaces-milieux des
genres de vie de la ville et de la campagne) et
sociaux (séparations en milieux de classes) sont l'unité
d'analyse.
L’Ouest de la
contre-révolution ?
C'est cependant de Nantes, que nous écrivons. Il y
paraît bien clos ce cycle des révolutions dans l’Ouest
où les villes républicaines résistaient aux piques
vendéennes et à l'invasion étrangère. Ce sont désormais
les campagnes qui résistent et les villes qui se
laissent envahir. Nantes ou Rennes (on hésite)
paraissent désormais comme l’épicentre de l’onde de
l’anti-tremblement de terres du OUI. C’est de là
que ressurgissent des vassalités et oligarchies d'Ancien
régime, mais toujours dans ce seul espace de l'Ouest (
Bretagne et Pays de Loire à l'exclusion de toute autre
région française ) : pays de la soumission
disait un peu méchamment A. Siegfried qui savait
pourtant aussi les réserves démocratiques qui y
coexistaient avec ceux qui veulent toujours des
maîtres-notables, monarchistes puis
socialistes veillant sur leur salut, pays de la "déférence
sociale", pour E Todd qui, quoique anglophile, ne
répugne pas à la litote, joyau stylistique de notre
classicisme.
Ici, nous l'avons écrit depuis longtemps, les forces
dominantes, anciennes et nouvelles bien unies,
deuxième gauche (CFDT, majorité du PS) et
première droite (les Verts, les Bayroutistes, la
majorité de l'UMP) a écrit si joliment Todd,
s’engouffrent dans la logique délétère de la fusion dans
le grand tout mercantile bruxellois, sous une
bureaucratie plus bornée et plus inhumaine que toutes
celles qui l'ont précédé dans les Etats-nations, dans la
décentralisation dévoyée et dans une rampante et quasi
ethnique Europe des régions. Ce bloc de
l'abolition de la France toujours à l'avant-garde de la
transmission d'une identité négative substituée à
sa grande histoire, tente de nouveau d'en finir avec la
loi républicaine. Il n'y a pas d'alternative au
raffermissement de l'unité de la loi et du bien commun,
dans son acception moderne et française de service
public pour balayer les ententes de copains pour
contourner l'une et l'autre pour en finir avec l'omerta
locale à virtualités lyncheuses jusqu'au sein des
institutions, pour dénoncer sous les oripeaux
anarcho-libéralistes qui n'est jamais ici que
l'avènement d'une "féodalité de marché", qui ne
connaîtrait que la loi du plus fort et l'asservissement
du plus faible dans la recherche d'une sécurité privée
sous les apparences du contrat. Entre le fort et le
faible c'est la loi seule qui protège et le contrat qui
asservit.
Ce texte émane d’un universitaire improbable écrivant du
sein de ce double ensemble, l’Ouest intérieur retrouvé
de la contre-Révolution et Université de Nantes où
précisément la souveraineté populaire le vive la
nation du printemps 1789, le primat de Loi sur les
privilèges opaques, les unanimités locales de réseaux
tout puissants, la diversité des sources culturelles
légitimes, ne sont plus vraiment à l'ordre du jour. Les
politiques d’épuration et d’exclusion dans au moins deux
départements (Psychologie et sociologie) en sont des
manifestations désormais passées au domaine public.
En savent cruellement quelque chose par exemple les
enseignants chercheurs d'un laboratoire qui a du devenir
associatif pour maintenir son existence et la liberté
d’expression de ses membres et dont l'objet reste
précisément la connaissance des milieux populaires et
que l'on veut dans tous les sens possibles du terme,
(qu’ils ont tous éprouvés depuis trois ans), éliminer
comme école de pensée et pour certains d'entre eux comme
professeurs, interdits de direction et d'enseignement au
niveau des thèses, dont l’une vient d’être « blâmée »
par les instances disciplinaires, cette justice entre
soi. Mais c'est à tous les niveaux et pas seulement dans
nos régions oui-ouistes que populaire et
peuple sont devenus l'interdit absolu des sciences
sociales établies !
Juin 2005
Jacky REAULT
Maître de Conférences - UFR de Sociologie à
l'Université de Nantes, LESTAMP-Association
Droits de
reproduction et de diffusion réservés ©
LESTAMP -
2005
Dépôt Légal Bibliothèque Nationale de France
N°20050127-4889
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